Une grève majeure des médecins libéraux français, annoncée pour janvier 2026, a effectivement commencé cette semaine. Si sept syndicats représentatifs ont appelé à un arrêt de travail massif à partir du 5 janvier 2026, une mobilisation préliminaire a été lancée mercredi 3 décembre 2025. Cette manœuvre vise à faire pression sur les députés, alors que l’examen du budget 2026 de la Sécurité sociale a repris à l’Assemblée nationale mardi.
**Des actions administratives immédiates**
L’intersyndicale, une alliance de syndicats représentant généralistes et spécialistes, appelle les praticiens à engager plusieurs actions immédiates. Celles-ci incluent :
– Le refus de signer les contrats d’engagement « France Santé », une initiative gouvernementale pour garantir un rendez-vous sous 48 heures.
– L’arrêt de la mise à jour du Dossier Médical Partagé (DMP).
– La demande de faire valider les arrêts maladie par le service médical Amelipro.
– L’incitation pour les médecins de plus de 60 ans à déclarer leur cessation d’activité aux agences régionales de santé six mois à l’avance.
Selon le Dr Florian Cormonies, psychiatre et vice-président de la Fédération française des médecins, l’objectif est d’exercer une pression « sur le gouvernement et surtout sur les députés » pendant l’examen du budget.
**Les enjeux de janvier 2026**
Les syndicats promettent une grève inédite à partir du 5 janvier 2026. Ils demandent aux médecins de commencer à reporter les rendez-vous patients dès maintenant et prévoient une manifestation nationale à Paris le 7 janvier. Une « Opération Bruxelles » est aussi proposée, encourageant les praticiens à se rendre à Bruxelles pendant la grève pour éviter une éventuelle réquisition par les autorités françaises.
**Les racines du conflit**
La colère des médecins se concentre sur des articles spécifiques du projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) 2026. Les griefs principaux portent sur :
– Les articles 21 bis et bis A : relatifs au réseau France Santé, que les syndicats accusent d’imposer une organisation étatique de la santé, court-circuitant la négociation conventionnelle et menaçant l’indépendance professionnelle.
– L’article 24 : qui permettrait à la Caisse nationale d’assurance maladie de baisser unilatéralement les tarifs des actes jugés « trop rémunérateurs » sans négociation. Le Dr Cormonies dénonce le flou : « Que veut dire ‘trop rémunérateur’ ? Ils peuvent faire ce qu’ils veulent avec cette mesure. »
– L’article 31 : introduisant des sanctions pécuniaires (jusqu’à 2 500 € par infraction et 10 000 € par an) pour les défauts d’utilisation du DMP, aujourd’hui obligatoire mais non sanctionné.
L’intersyndicale condamne un budget qui « aggrave dramatiquement l’accès aux soins » et substitue, selon elle, la démocratie sanitaire par un pilotage étatique, supprimant la négociation conventionnelle et donnant le pouvoir à l’administration centrale de baisser unilatéralement les tarifs des consultations.