La famille d’El Hacen Diarra, un Mauritanien de 35 ans décédé dans la nuit du mercredi 17 au jeudi 18 janvier au commissariat du 20e arrondissement de Paris, a déposé une plainte. Elle allègue des violences policières, s’appuyant sur une vidéo, et exige la saisine d’un juge d’instruction indépendant.
Leur avocat, Me Yassine Bouzrou, a annoncé samedi 20 janvier le dépôt d’une plainte pour « violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner ». Dans un communiqué, il a justifié cette démarche « compte tenu du refus du parquet de saisir un juge d’instruction, alors que les circonstances de ce drame sont marquées par des éléments accablants ».
**Une vidéo et des versions contradictoires**
La plainte s’appuie sur une vidéo, filmée de nuit par des voisins, que l’avocat présente comme montrant « des violences commises à son encontre lors de son interpellation ». Les images montreraient deux policiers, dont un agenouillé, portant deux coups de poing en direction d’un homme maintenu au sol avant que des collègues n’arrivent en voiture une minute plus tard.
« Des témoins ont observé une flaque de sang sur les lieux de l’interpellation, attestant de l’extrême violence subie par El Hacen Diarra (…) Dès son arrivée au commissariat, les agents eux-mêmes ont estimé nécessaire une hospitalisation immédiate », a déclaré Me Bouzrou. Il a par ailleurs relié ce drame à l’histoire du commissariat, évoquant deux condamnations antérieures pour violences et agressions sexuelles sur des personnes détenues entre 2019 et 2021.
**La version officielle des faits**
À la suite du décès, le parquet de Paris a indiqué avoir ouvert une enquête sur les « causes de la mort » et saisi l’IGPN, la police des polices. Selon les éléments du parquet, les policiers sont intervenus après avoir vu El Hacen Diarra « rouler un joint de cannabis ». Sa famille affirme qu’il « prenait simplement un café devant son domicile » lorsqu’il a été abordé.
Le parquet rapporte qu’après avoir refusé de se soumettre à une fouille, une lutte aurait eu lieu au cours de laquelle l’homme serait tombé au sol, entraînant deux fonctionnaires. Un policier a déclaré avoir utilisé un pistolet à impulsions électriques (Taser), le touchant à la cheville. Interpellé à 22h45, El Hacen Diarra a été conduit au commissariat sans autre incident. Il était négatif à l’alcoolémie. Le parquet précise qu’il était en possession de faux documents administratifs et d’une substance marron ressemblant à du cannabis, justifiant sa garde à vue pour usage de faux, détention de stupéfiants et « rébellion ».
Selon le récit du parquet, un policier a demandé son transfert à l’hôpital en raison d’une plaie au sourcil. Alors qu’il attendait sur un banc au commissariat, il aurait fait un malaise, puis un arrêt cardiaque. Un policier, puis les pompiers, ont pratiqué des gestes de réanimation. Son décès a été constaté à 0h20.
**Appels à la transparence et réactions politiques**
L’avocat de la famille a dénoncé ce qu’il appelle les « allégations médiatiques du parquet de Paris qui, avec une partialité totale, reprennent la seule version des policiers ». Il s’inquiète que l’absence de mise en garde à vue des agents ou de saisine d’un juge indépendant ne traduise une volonté de « blanchir les policiers de toute responsabilité ». Le parquet de Paris n’a pas répondu à ces critiques.
Un rassemblement en hommage à El Hacen Diarra est prévu dimanche. Plusieurs personnalités parisiennes de gauche, dont l’ancienne députée LFI Danielle Simonnet, le sénateur communiste Ian Brossat et la députée LFI Rima Hassan, ont appelé à y participer.
