L’atmosphère était tendue, à quelques jours du second tour des élections municipales. Ce jeudi 19 mars, les candidats de gauche François Piquemal (La France Insoumise) et François Briançon (Parti socialiste) ont été copieusement hués lors des cérémonies commémoratives dédiées aux victimes du terroriste Mohamed Merah à Toulouse. Les deux candidats, qui ont fusionné leurs listes pour affronter le maire sortant Jean-Luc Moudenc, ont dû faire face à des cris hostiles durant cet événement solennel.
Une confrontation filmée
Des vidéos, rapidement diffusées sur les réseaux sociaux, ont capturé des cris de « À la porte, LFI ! », « Antisémite ! » ou encore « Vous n’avez pas votre place ici, honte à vous, parti de l’islamisme ! » adressés à François Piquemal. Ce dernier participait à la cérémonie officielle aux côtés du maire Jean-Luc Moudenc, de représentants de l’État et d’autres députés LFI. L’événement marquait le 14e anniversaire des attentats de 2012 perpétrés par Merah devant une école juive, où un enseignant et trois enfants avaient été tués, après l’assassinat de trois militaires.
Une séquence distincte, postée par La Dépêche du Midi, montrait le candidat socialiste François Briançon subir un harcèlement similaire, avec des invectives comme « vendu », « sale traître » et « collaborateur ». La vidéo le montre quittant les lieux escorté par la police municipale.
Une alliance de gauche fragile sur la sellette
Cet incident met en lumière la fragilité de l’alliance locale de la gauche. Malgré de profondes divisions nationales entre le PS et LFI, et les accusations récurrentes d’antisémitisme visant le leader de LFI Jean-Luc Mélenchon, François Piquemal et François Briançon ont uni leurs listes après être arrivés respectivement deuxième et troisième au premier tour du 15 mars.
La direction nationale du Parti socialiste avait exclu tout pacte à l’échelle nationale mais avait validé certains accords locaux, en exigeant des « clarifications » des candidats LFI. François Briançon affirme les avoir obtenues, notamment concernant les déclarations controversées de Jean-Luc Mélenchon sur l’antisémitisme.
Les candidats se défendent
Anticipant les critiques, François Piquemal avait mis en avant son « intransigence » contre l’antisémitisme lors d’un débat télévisé. Il s’était appuyé sur un prix reçu en 2016 pour son enseignement sur la Shoah, défendant son bilan et celui de Mélenchon. « Que ce soit M. Mélenchon ou moi-même, nous avons toujours été clairs dans notre combat contre l’antisémitisme », avait-il déclaré.
Inès Djelida, attachée de presse de François Piquemal, a condamné les perturbations de la commémoration, indiquant à l’AFP que des élus présents à une cérémonie républicaine avaient reçu des menaces de mort. Franck Touboul, président du CRIF de Toulouse, présent sur place, a confirmé la scène d’insultes et de huées.
Cette confrontation en marge d’un hommage souligne le climat politique électrique qui règne à Toulouse à l’approche d’un second tour décisif, où les fractures politiques nationales se rejouent sur la scène locale.
