Tragique accident ou négligence criminelle ? Le procureur de la République près le tribunal correctionnel de Soissons a requis, jeudi 5 mars 2026, une peine de quatre ans d’emprisonnement avec sursis à l’encontre de Christophe Ellul, l’ex-compagnon d’Elisa Pilarski. Cette jeune femme de 29 ans, enceinte, avait été retrouvée morte, porteuse d’environ 50 morsures de chien, dans la forêt de l’Aisne en novembre 2019. Dans ses réquisitions, la procureure Laureydane Ortuno a également demandé l’euthanasie de Curtis, le chien de type American pit bull terrier au cœur de l’affaire.
« Qu’est-ce que cette affaire ? Une tragédie, la mort d’une jeune femme enceinte. Et c’est un accident », a déclaré la magistrate lors de sa plaidoirie de deux heures. « Personne n’accuse M. Ellul d’avoir causé la mort d’Elisa Pilarski, mais d’y avoir contribué. » Le tribunal rendra son verdict le 11 juin prochain.
**La thèse de l’accusation : un chien « transformé en monstre »**
La procureure a soutenu que Curtis, importé illégalement en France par Christophe Ellul, était le seul responsable de l’attaque survenue près d’une chasse au cerf. Laureydane Ortuno s’est appuyée sur des preuves génétiques plaçant l’ADN du chien « des racines jusqu’aux pointes » des cheveux de la victime, et sur des analyses indiquant que les blessures correspondaient aux mensurations de la mâchoire et des dents de Curtis.
« Un dressage à la morsure mal conduit peut transformer un animal qui ne demandait rien en monstre », a affirmé la procureure, qualifiant les méthodes de dressage d’Ellul d’« activité mal conduite ». Elle a estimé qu’en acquérant un pit bull « de race » pour un tel entraînement, l’accusé avait « inventé une arme » et créé les conditions du drame, tout en reconnaissant qu’il n’avait pas eu l’intention de nuire.
**La défense : pas de signes avant-coureurs et théories alternatives**
L’avocat de Christophe Ellul, Me Alexandre Novion, a plaidé l’acquittement, arguant que son client n’avait perçu « aucun signe avant-coureur » permettant de prédire un « risque avéré ou un péril grave ». Le défenseur a suggéré que l’attaque pouvait être l’œuvre de chiens de chasse présents lors de la battue au cerf, soutenant que si Curtis était responsable, « on n’aurait pas trouvé autant de zones de morsure », le chien n’étant pas conditionné pour la prédation.
Christophe Ellul, qui a éclaté en sanglots à plusieurs reprises durant l’audience, s’est adressé à la cour : « J’aimais Elisa plus que tout, elle me manque. Si j’avais su qu’elle pouvait être en danger, j’aurais pris les mesures nécessaires. »
**Circonstances atténuantes et verdict en attente**
La procureure a relevé plusieurs circonstances atténuantes, dont l’ancienneté des faits, la personnalité et l’insertion sociale de l’accusé, son casier judiciaire vierge et le choc profond lié à la découverte du corps de sa compagne. Ces éléments ont conduit à la requête d’une peine avec sursis et non ferme, accompagnée d’une interdiction de détenir une arme pendant cinq ans.
Curtis est actuellement placé dans un chenil en Haute-Garonne. La décision de la justice concernant le sort de Christophe Ellul et celui du chien sera annoncée en juin, mettant un terme à sept années de procédure judiciaire née de la mort d’Elisa Pilarski dans la forêt de Retz.
