Le Pakistan a annoncé une pause humanitaire de cinq jours dans sa campagne militaire en cours contre des cibles militantes en Afghanistan, coïncidant avec la fête islamique de l’Eid ul-Fitr. Cet arrêt temporaire, décrit comme un « geste de bonne foi », intervient dans un contexte d’hostilités transfrontalières intenses et fait suite à des demandes diplomatiques de nations alliées.
**Les termes de la trêve**
Le ministre de l’Information, Attaullah Tarar, a déclaré que la pause dans l’Opération Ghazab lil-Haq (Fureur Juste) sera effective de minuit le 18 mars à minuit le 23 mars 2026. La décision a été prise à l’initiative propre du Pakistan et suite aux appels de « pays frères islamiques », dont l’Arabie saoudite, le Qatar et la Turquie.
Cependant, le ministre a émis un avertissement sévère : toute attaque transfrontalière, incursion de drone ou incident terroriste à l’intérieur du Pakistan pendant cette période déclenchera une reprise immédiate et intensifiée des opérations militaires.
**Le bilan de l’opération et les frappes récentes**
Les responsables ont fourni un résumé de l’impact de l’opération depuis son lancement le mois dernier, suite à ce que le Pakistan qualifie d’actions non provoquées du régime taliban. Selon le ministre de l’Information :
* 707 terroristes tués et 938 blessés.
* 255 postes du régime taliban afghan détruits et 44 capturés.
* 237 chars, véhicules blindés et canons d’artillerie détruits.
* 81 sites d’infrastructure terroriste ciblés par les airs.
Le ministre a détaillé que les frappes du 16 mars ont ciblé des installations militaires afghanes à Kaboul et Nangarhar, détruisant spécifiquement des sites de stockage de drones, d’infrastructure de support technique et de munitions, utilisés selon lui pour des attaques contre le Pakistan.
**Allégations d’implication indienne**
Dans une révélation significative, le directeur général de l’Inter-Services Public Relations (ISPR), le lieutenant-général Ahmed Sharif Chaudhry, a accusé le régime afghan d’utiliser des drones fournis par l’Inde dans des attaques récentes contre le Pakistan. Il a également rejeté les affirmations afghanes concernant des victimes civiles des frappes pakistanaises, affirmant que les cibles étaient des installations militantes légitimes.
**Contexte de l’escalade des tensions**
La recrudescence actuelle du conflit trouve ses racines dans des tensions de longue date. Le Pakistan a lancé l’opération après l’effondrement d’un accord de cessez-le-feu négocié au Qatar en octobre 2025. Islamabad affirme que le régime taliban afghan a fourni une couverture à des militants Khawarij (un terme désignant le Tehreek-e-Taliban Pakistan ou TTP interdit) pour traverser la frontière.
L’opération est une réponse directe à une série d’attentats suicides dans des villes pakistanaises — Islamabad, Bajaur et Bannu — qui ont été retracés jusqu’à des militants basés en Afghanistan. Le Pakistan a demandé à plusieurs reprises à Kaboul d’empêcher que son territoire soit utilisé comme une plate-forme de lancement pour le terrorisme.
**Efforts diplomatiques et impasse**
Malgré l’action militaire en cours, les canaux diplomatiques ont été actifs. Des pourparlers de suivi ont eu lieu en Turquie après le cessez-le-feu du Qatar, mais le Pakistan affirme que ces discussions ont échoué en raison de « l’entêtement de la partie afghane », accusant Kaboul d’utiliser la plate-forme pour diffamer le Pakistan plutôt que de traiter les préoccupations sécuritaires fondamentales.
L’annonce d’une pause pour l’Eid indique une ouverture potentielle pour la désescalade, mais la nature conditionnelle et temporaire de la trêve souligne l’état fragile et volatile des relations entre le Pakistan et l’Afghanistan.
