Un nouveau baromètre révèle que les méthodes disciplinaires violentes restent profondément ancrées dans les familles françaises, malgré leur interdiction légale. La troisième édition de l’étude sur les Violences Éducatives Ordinaires (VEO), publiée par la Fondation pour l’Enfance et le groupe de recherche Prévéo, a interrogé plus de 1 000 parents d’enfants de 0 à 17 ans.
**Une prévalence alarmante des violences**
Les données dressent un tableau saisissant d’une violence normalisée. Sur les 12 derniers mois, 83% des parents déclarent au moins un acte de violence verbale ou psychologique, tandis que 37% admettent avoir eu recours à la violence physique. Les pratiques courantes incluent les cris, la fessée, les menaces, les secousses et l’utilisation d’insultes dégradantes comme « stupide » ou « paresseux ».
Plus précisément, 68% des parents avouent avoir crié ou hurlé sur leur enfant, 22% déclarent avoir donné une fessée à main nue, et 19% ont utilisé un langage humiliant.
**L’« acceptabilité » persistante de la punition corporelle**
L’étude souligne un paradoxe troublant : si 7 parents sur 10 connaissent désormais le terme VEO, seulement 37% en comprennent la définition précise. Même parmi les parents informés, la violence est souvent légitimée comme un outil pédagogique.
La fessée reste la forme de punition physique la plus courante et la plus acceptée. Pas moins de 36% des parents la jugent acceptable comme punition, contre 9% pour une gifle au visage. De plus, 30% estiment que c’est parfois « le seul moyen de faire obéir leur enfant », et 27% y voient une partie de leur rôle parental.
Les justifications sont significatives : 39% trouvent la punition corporelle acceptable si un enfant est violent, 27% si l’enfant est provocateur, et 40% pensent que les enfants apprennent le bien du mal grâce à la punition physique.
**Une fracture genrée marquée dans la perception**
La recherche met en lumière un écart important entre les mères et les pères. Alors que seulement 25% des femmes estiment que les enfants ont besoin de punitions corporelles pour bien se comporter, 40% des hommes partagent cet avis. De même, 46% des hommes jugent acceptable la punition corporelle pour un enfant violent, contre 33% des femmes.
Les hommes sont plus susceptibles d’attribuer des effets positifs aux châtiments physiques, comme l’apprentissage de la morale. Les femmes, à l’inverse, identifient mieux les conséquences négatives, incluant les blessures immédiates, les problèmes de santé mentale et la normalisation de la violence.
**Le cycle du traumatisme intergénérationnel**
L’étude confirme un cycle de reproduction des violences, avec 79% des parents ayant subi des VEO dans leur propre enfance déclarant que cela influence leur style parental. Cela souligne la manière dont ces pratiques se transmettent de génération en génération.
La Fondation pour l’Enfance conclut que les efforts de prévention ne peuvent traiter les parents comme un groupe homogène. Les campagnes doivent tenir compte des perceptions profondément différenciées de l’autorité, de la punition et de l’éducation—notamment selon le genre—pour lutter efficacement contre ce problème sociétal enraciné.
