Dès leur plus jeune âge, les enfants apprennent à identifier et nommer les parties de leur corps, du nez aux orteils. Cet apprentissage quotidien est fondamental car il « permet à l’enfant de se construire une représentation globale de son corps », explique Fanta Sissoko, conseillère conjugale et familiale à Paris. Cette pratique rejoint les objectifs du Programme d’Éducation à la Vie Affective et Relationnelle (EVAR), enseigné dès la maternelle et en vigueur depuis 2025, qui inclut « connaître son corps » et « comprendre ce qu’est l’intimité ».
Cependant, toutes les parties du corps ne sont pas traitées de manière égale. Si les termes anatomiques sont utilisés naturellement pour les mains ou les jambes, des surnoms enfantins comme « zizi », « kiki », « zézette » ou « minette » leur sont souvent substitués pour désigner les organes génitaux. Les experts soulignent que si l’enseignement du corps est vital, le nommer correctement avec des termes précis est tout aussi important.
Lors de ses interventions EVAR, Fanta Sissoko privilégie l’usage des termes anatomiques, qu’elle juge plus « neutres ». « Kiki ou zizi peuvent compliquer la compréhension pour certains enfants, alors que si on parle de pénis, de vulve ou de vagin, c’est très clair et cela permet aussi à l’enfant d’être à l’aise avec ce vocabulaire », affirme-t-elle.
Le psychiatre, psychothérapeute et anthropologue Daniel Delanoë insiste sur le fait qu’apprendre aux enfants les termes exacts pour leurs organes sexuels est crucial. Cela « leur permet d’en être le propriétaire, de se les approprier. Si on ne leur dit pas le nom de ces parties du corps, c’est une façon de les en priver ».
Connaître son corps est aussi un moyen d’apprendre à protéger son intimité. Dans l’ouvrage de référence *C’est MON corps !* de Mai Lan Chapiron, paru en 2024, l’autrice explique ce que sont les parties intimes et souligne : « Tes parties intimes sont à toi et à toi seule », développant les notions de consentement et d’autonomie corporelle.
« Pour signifier une interdiction, il faut dire à l’enfant que personne n’a le droit de le toucher sur ces parties du corps, et il est très important qu’elles soient bien nommées », souligne Daniel Delanoë. Il ajoute : « C’est considérer l’enfant comme un interlocuteur responsable, même à 3, 5 ou 10 ans… comme une personne qui sait ce qu’est son corps et ce qu’on peut lui faire ou non. Cela fait partie du respect de l’enfant et c’est une façon de le protéger. »
Avec au moins 160 000 enfants victimes de violences sexuelles chaque année en France – un enfant toutes les trois minutes – apprendre aux jeunes enfants à identifier leurs parties intimes peut les aider à signaler des abus. « Quand un enfant subit une agression comme celle-là, il ne comprend pas. Il ne peut pas mettre du sens sur ce qui lui arrive. Avoir un certain vocabulaire peut lui permettre d’appréhender ce qui se passe », explique Fanta Sissoko.
« Quand l’enfant est agressé sur ces parties du corps, il est important qu’il puisse nommer et décrire l’agression avec des termes précis », appuie Daniel Delanoë. « Quand ces mots sont utilisés, il sait à quoi cela correspond vraiment. »
Il y a aussi l’enjeu crucial de la réception et du respect de la parole de l’enfant. Leur apprendre à identifier leur corps avec des termes exacts peut leur donner un outil pour rendre leur discours plus précis, mieux entendu, et renforcer leur confiance en eux.
« Si on s’est déjà adressé à lui comme à une personne, l’enfant pensera que sa parole aura plus de poids. Il ne sera pas infantilisé si on lui dit les bons mots. Et si vous êtes infantilisé, vous êtes moins crédible », observe le psychothérapeute. C’est aussi une manière de signifier que sa parole compte.
« Lors des interventions EVAR, on aborde aussi le fait que les enfants, s’ils sont confrontés à des situations qui les interrogent, peuvent toujours en parler à un adulte. Qu’ils savent qu’il y a des adultes qui sont là et peuvent aussi les aider, qui sont prêts à les écouter. Cela fait la différence », estime Fanta Sissoko.
