Bangladesh : Exhumation d’une fosse commune de l’insurrection de 2024 débutée, l’ONU évoque 1 400 morts

Bangladesh : Exhumation d'une fosse commune de l'insurrection de 2024 débutée, l'ONU évoque 1 400 morts

Une opération médico-légale d’envergure est en cours au Bangladesh pour tenter d’identifier les victimes de la répression de l’insurrection de 2024. Ce dimanche, la police bangladaise, soutenue par des experts des Nations Unies, a entamé l’exhumation d’une fosse commune présumée contenir environ 114 corps non identifiés. Les travaux se déroulent au cimetière de Rayer Bazar à Dacca, marquant une étape cruciale dans la gestion de l’un des événements les plus traumatisants de l’histoire récente du pays.

**Une expertise internationale pour un processus minutieux**
L’opération est supervisée par l’anthropologue médico-légal argentin de renom, Luis Fondebrider, fort de décennies d’expérience dans l’exhumation de fosses communes à travers le monde. Cette initiative s’inscrit dans le cadre d’un accord avec le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH). « Le processus est complexe et unique », a déclaré Fondebrider aux journalistes. « Nous garantirons que les normes internationales seront respectées. » Il a précédemment dirigé l’Équipe argentine d’anthropologie médico-légale, qui a enquêté sur les disparitions survenues sous la dictature militaire en Argentine.

**L’ampleur de la tragédie et les suites judiciaires**
Les Nations Unies estiment que jusqu’à 1 400 personnes ont été tuées lors de la répression menée par le gouvernement alors que l’ancienne Première ministre Sheikh Hasina tentait de se maintenir au pouvoir pendant des semaines de manifestations meurtrières au milieu de l’année 2024. Ces morts ont contribué à sa condamnation par contumace le mois dernier pour crimes contre l’humanité ; elle a été condamnée à mort et vit en exil volontaire en Inde. Les corps avaient été enterrés par l’association de bénévoles Anjuman Mufidul Islam, qui a rapporté avoir pris en charge 80 corps non réclamés en juillet et 34 autres en août 2024 – tous considérés comme des victimes de la répression.

**Les familles en quête de vérité face aux défis techniques**
Parmi ceux qui attendent des réponses se trouve Mohammed Nabil, à la recherche de son frère Sohel Rana, 28 ans, porté disparu en juillet 2024. La famille a reconnu ses vêtements sur une photographie prise par les bénévoles des inhumations après avoir visionné une vidéo Facebook suggérant sa mort. « Nous l’avons cherché partout », a confié Nabil à l’AFP. Les corps exhumés subiront des examens post-mortem et des tests ADN, bien que les officiels avertissent que le processus sera long et difficile. « Cela fait plus d’un an, il ne sera donc pas possible d’extraire de l’ADN des tissus mous », a expliqué l’officier de police supérieur Abu Taleb. « Travailler avec les os prendra plus de temps. » Le chef du Département d’enquête criminelle (CID) a précisé que le nombre exact de corps ne serait confirmé qu’après l’exhumation.

**La voie à suivre**
L’équipe médico-légale comprend des experts de quatre facultés de médecine de Dacca. Les autorités indiquent qu’une fois identifiés, les corps exhumés seront ré-inhumés conformément aux rites religieux et aux souhaits des familles. L’ensemble du processus devrait prendre plusieurs semaines.