Une mission de reportage en Cisjordanie a basculé dans la violence le samedi 29 août, lorsque des colons israéliens masqués ont attaqué une équipe de NBC News ainsi qu’une Palestinienne qu’elle était en train d’interviewer. L’incident s’est produit dans le village de Jalud, dans un contexte de forte escalade des violences perpétrées par des colons, qui a suscité une condamnation rare de la part du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu.
Le correspondant de NBC News, Matt Bradley, a décrit l’agression sur le réseau social X, indiquant que son équipe et lui avaient été pris pour cible par « un groupe de colons masqués ». Selon lui, les assaillants « ont frappé notre équipe et ont battu la femme de 51 ans que nous interviewions jusqu’à ce qu’elle perde connaissance ».
Le déroulé de l’attaque à Jalud
Bradley, qui couvre depuis des années l’activité des implantations illégales en Cisjordanie, a raconté la séquence des événements à l’antenne. Lui et son équipe — comprenant un caméraman, un producteur et des chauffeurs — s’étaient rendus à Jalud pour rencontrer Aida Ahmed Abdallah, une Palestinienne dont la maison est régulièrement encerclée par des colons israéliens qui occupent la zone.
Alors que les journalistes approchaient de la résidence d’Abdallah, des jeunes hommes masqués à bord d’un véhicule immatriculé en Israël, armés de gourdins et de pierres, se sont précipités sur les lieux. « Ils ont brisé le pare-brise de notre voiture, frappé notre équipe avec des matraques et battu Aida jusqu’à ce qu’elle perde connaissance », a rapporté Bradley. Il a reçu deux coups au bras, mais a précisé que toute l’équipe s’était depuis rétablie.
Une ambulance a transporté Abdallah à l’hôpital. Bien qu’elle ait ensuite été autorisée à sortir, elle n’a pas pu rentrer chez elle car « sa maison est toujours occupée par ces colons violents », a souligné Bradley.
Une série d’attaques contre les journalistes
L’agression de l’équipe de NBC News fait suite à un incident similaire survenu trois jours plus tôt seulement. Le 26 août, trois journalistes de l’Agence France-Presse (AFP) avaient été attaqués par des colons israéliens alors qu’ils couvraient des tensions avec des Palestiniens dans le sud de la Cisjordanie. Comme l’équipe de NBC, ils avaient été la cible de jets de pierres et leurs véhicules avaient été endommagés. L’armée israélienne avait indiqué qu’une enquête de police avait été ouverte.
Ces attaques contre des professionnels des médias soulignent l’environnement de plus en plus hostile auquel sont confrontés les journalistes qui documentent la situation dans le territoire occupé.
Une condamnation rare de Netanyahu
La violence à Jalud est survenue un jour après le siège du village de Qusra, dans le nord de la Cisjordanie. Depuis début août, des colons bloquent l’accès à Qusra, assiégeant les habitants palestiniens et provoquant une condamnation nationale et internationale. Le samedi, un groupe de Palestiniens travaillant sur une maison du village a été encerclé par des colons qui leur ont jeté des pierres.
Ces événements ont conduit Netanyahu à émettre une réprimande rare contre les agissements des colons. « Je condamne fermement les actes criminels de violence commis dans les villages de Qusra et de Jalud par une poignée d’émeutiers qui enfreignent la loi, causent un grand tort à la communauté juive respectueuse des lois, entravent la capacité de Tsahal à mener à bien ses missions et nuisent à la position d’Israël dans le monde », a-t-il écrit dans un communiqué. Le ministère israélien des Affaires étrangères a également qualifié ces violences de « honteuses ».
Une escalade de la violence des colons depuis le 7 octobre
L’expansion des colonies en Cisjordanie s’est poursuivie sous tous les gouvernements israéliens depuis 1967, mais elle s’est nettement accélérée depuis l’entrée de l’extrême droite dans la coalition gouvernementale de Netanyahu fin 2022. Plus de 500 000 Israéliens vivent désormais dans des colonies en Cisjordanie, illégales au regard du droit international, aux côtés d’environ trois millions de Palestiniens.
Les violences commises par des colons se sont intensifiées depuis l’attaque sans précédent du Hamas le 7 octobre 2023. Les incidents incluent des agressions physiques, du harcèlement et des intimidations, mais ils donnent rarement lieu à des poursuites judiciaires. L’attaque contre l’équipe de NBC News n’est qu’un exemple parmi de nombreux autres dans ce que Bradley a décrit comme « une flambée sans précédent de la violence des colons en Cisjordanie ».
La pression internationale s’est accrue en réaction. La France et trois autres pays ont récemment exhorté Israël à cesser l’expansion des colonies, tandis que même l’ambassadeur des États-Unis en Israël, Mike Huckabee, a dénoncé le « siège » de maisons palestiniennes en Cisjordanie.
La situation reste volatile : les Palestiniens de villages comme Jalud et Qusra font face à des menaces continues de la part des colons, et les journalistes risquent leur sécurité pour documenter la réalité sur le terrain.
