Le constructeur automobile Stellantis mettra fin à la production de véhicules dans son usine historique de Poissy, dans les Yvelines, après 2028. Le site, dernière usine d’assemblage de la région parisienne, sera reconverti en un centre de fabrication de pièces et de déconstruction de véhicules, permettant de préserver 1 000 des 1 500 emplois de production actuels.
**Une conversion à 100 millions d’euros et des réductions d’effectifs « naturelles »**
Le groupe italo-franco-américain – qui comprend les marques Peugeot, Citroën, Opel, Fiat et Chrysler – prévoit d’investir 100 millions d’euros pour reconfigurer le site. Stellantis a indiqué que les réductions d’effectifs interviendraient principalement via des « départs naturels ou volontaires », en soulignant que « le site ne fermera pas ; il aura un avenir industriel durable ».
D’ici 2030, l’usine doit accueillir quatre nouvelles activités industrielles :
* La production de pièces automobiles
* La revalorisation de pièces dans une logique d’économie circulaire
* La préparation et la transformation de véhicules
* L’impression 3D de pièces pour les petites séries
La société a cité le vieillissement du parc automobile européen – une moyenne de 12 ans pour 40 millions de voitures – comme un moteur de nouvelle demande pour la fabrication de pièces.
**Colère syndicale et appel à la grève**
L’annonce a suscité une condamnation immédiate des syndicats. Le syndicat Sud de Stellantis Poissy a dénoncé un plan qui constitue « une véritable saignée », arguant que les nouvelles activités promises ne créeraient que 200 à 300 emplois sans garantie sur le long terme. Le syndicat appelle à une grève le 23 avril, avertissant des impacts plus larges sur les équipementiers et les sous-traitants.
Le directeur du site, Éric Hann, a défendu la décision comme « le fruit d’une co-construction efficace avec des partenaires sociaux responsables qui ont toujours défendu l’emploi et la pérennité du site ».
**La fin d’une ère pour l’automobile en région parisienne**
L’usine de Poissy, créée en 1938, produit actuellement environ 400 véhicules Opel Mokka et DS3 par jour. À son apogée en 1976, elle employait 27 000 personnes. Sa reconversion s’inscrit dans une tendance difficile pour les grandes usines automobiles d’Île-de-France, après les fermetures de l’usine Renault de Boulogne-Billancourt (1992), de l’usine PSA d’Aulnay-sous-Bois (2014) et de l’usine Renault de Flins, qui a arrêté la production de voitures en 2024 pour se concentrer sur le reconditionnement.
Le sort de l’usine a été scellé en octobre lorsque Stellantis a annulé le projet de DS3 électrique sans attribuer de nouveau modèle à Poissy. Des rapports internes de 2025 montraient que l’usine fonctionnait à seulement 58 % de sa capacité.
**Un déclin sectoriel plus large**
Cette décision reflète la contraction continue de l’emploi automobile français depuis deux décennies, sous l’effet des délocalisations, de la transition vers les véhicules électriques et de la concurrence chinoise croissante. Les marchés français et européen de la voiture neuve ont rétréci d’environ un quart depuis la pandémie de COVID-19. Selon l’INSEE, le secteur automobile français a perdu un tiers de ses emplois en 20 ans, passant de 425 500 en 2010 à 286 800 en 2023.
