À Dhaka, une nouvelle ère politique s’ouvre avec un message clair pour ses puissants voisins : les intérêts nationaux du Bangladesh passent désormais en premier. La doctrine de politique étrangère émergente sous le Premier ministre élu Tarique Rahman met l’accent sur la souveraineté et des relations équilibrées, dépassant les alignements historiques avec l’Inde ou le Pakistan.
**Un appel à des partenariats équilibrés**
L’opinion publique reflète un désir de relations équitables. « Nous voulons des relations égales et meilleures avec le Pakistan et l’Inde. Vous nous avez traités de manière similaire », a noté un jeune Bangladais, capturant une humeur répandue tournée vers l’avenir, tout en reconnaissant l’histoire partagée.
**La recalcul stratégique de l’Inde**
L’Inde, qui partage une frontière de 4 096 kilomètres et 54 rivières avec le Bangladesh, évalue les conséquences de sa politique antérieure. Après avoir soutenu l’ancien gouvernement de la Ligue Awami, New Delhi reconnaît désormais la nouvelle réalité politique représentée par le mandat du Parti nationaliste du Bangladesh (BNP). Avec un commerce bilatéral entre 14 et 16 milliards de dollars, l’Inde travaille activement à reconstruire les ponts diplomatiques.
Interrogé sur d’éventuelles demandes d’extradition de l’ancienne Première ministre Sheikh Hasina, Tarique Rahman a répondu avec prudence judiciaire, déclarant : « Cela dépend du processus judiciaire », démontrant une approche mesurée des questions politiquement sensibles.
**L’ouverture diplomatique du Pakistan**
À l’inverse, le Pakistan trouve un espace diplomatique renouvelé à Dhaka. Le sentiment public envers les Pakistanais est notablement chaleureux, un changement attribué à une démarche diplomatique constante. Le commerce bilatéral, actuellement d’environ 865 millions de dollars, est un point central pour son expansion, parallèlement à des liens sociaux plus profonds.
Des histoires personnelles soulignent cette connexion. Afroza Begum, fille d’un officier de l’armée de l’air pakistanaise, s’est remémorée son enfance à Rawalpindi et Karachi en visitant un restaurant Peshawari à Dhaka, affirmant : « Nous sommes venus du Pakistan en 1974, mais nos cœurs y sont toujours restés. »
**La vision « Bangladesh First »**
Au cœur de l’agenda de la nouvelle direction se trouve une politique intérieure et étrangère centrée sur les priorités nationales. L’approche de Rahman évite la rhétorique populiste contre les opposants et cherche une réconciliation interne, incluant un rapprochement avec des figures du Jamaat-e-Islami et du Parti national des citoyens.
À l’externe, la vision s’étend à la coopération régionale. Rahman s’est engagé à relancer l’Association sud-asiatique pour la coopération régionale (SAARC), une initiative initialement portée par le Bangladesh. « Nous travaillerons à réorganiser la SAARC et nous parlerons à nos amis, après la formation du gouvernement, car c’était notre initiative », a-t-il annoncé.
**Un carrefour régional**
Cette recalibration présente un défi et une opportunité pour l’Inde et le Pakistan. Les décideurs bangladais exhortent leurs voisins à considérer le pays non pas à travers le prisme de leur rivalité bilatérale, mais comme un acteur indépendant. L’espoir à Dhaka est qu’une SAARC revitalisée pourrait transformer la région d’un théâtre de compétition en un centre de coopération, avec le Bangladesh jouant un rôle central et souverain.
