Le nombre d’enfants vivant dans la rue en France continue d’augmenter, selon un nouveau rapport alarmant publié quelques jours seulement avant la rentrée scolaire. L’UNICEF et la Fédération des acteurs de la solidarité (FAS) tirent la sonnette d’alarme face à ce qu’ils décrivent comme l’incapacité des gouvernements successifs à tenir l’engagement selon lequel aucun enfant ne serait laissé sans abri.
Dans la huitième édition de leur baromètre annuel « Enfants à la rue », publiée mercredi, les deux organisations indiquent qu’au moins 2 355 enfants — dont 514 âgés de moins de trois ans — se sont retrouvés sans solution d’hébergement après que leurs parents ont appelé le numéro d’urgence national 115 au cours de la première semaine d’août. Cela représente une hausse de 9 % par rapport à la même période l’année dernière et une augmentation vertigineuse de 42 % depuis 2022.
Une promesse non tenue
Le rapport met en lumière un écart préoccupant entre les discours politiques et la réalité vécue. En 2022, le gouvernement français a renouvelé son objectif d’atteindre le « zéro enfant à la rue ». Pourtant, le nombre de mineurs sans logement stable n’a fait qu’augmenter depuis.
L’UNICEF et la FAS avertissent également que l’ampleur réelle de la crise est probablement bien plus grave que ne le suggèrent les chiffres officiels. De nombreux parents ne parviennent pas à joindre la ligne d’urgence 115 ou renoncent complètement à essayer. Les mineurs non accompagnés sans abri, ainsi que les familles vivant dans des squats ou des installations informelles, ne sont pas inclus dans ce décompte.
Des conséquences mortelles
Le bilan humain est dévastateur. Rien qu’en 2025, 14 enfants de moins de quatre ans et 12 adolescents âgés de 15 à 18 ans sont morts alors qu’ils vivaient dans la rue, selon les données recueillies par le collectif Les Morts de la Rue.
Les deux organisations pointent la saturation chronique des systèmes d’hébergement d’urgence comme un facteur clé de la hausse du sans-abrisme chez les jeunes. Avec des structures d’accueil fonctionnant à pleine capacité, les familles vulnérables sont de plus en plus souvent refusées, sans aucune autre solution.
Un appel à la volonté politique
Malgré ces statistiques sombres, Adeline Hazan, présidente de l’UNICEF France, et Pascal Brice, président de la FAS, affirment que la tendance peut être inversée. Ils appellent à une augmentation immédiate du nombre de places d’hébergement d’urgence et à la mise en œuvre d’une politique pluriannuelle permettant aux familles de passer « de la rue au logement ». Une telle politique, soutiennent-ils, doit être adossée à des financements suffisants pour garantir des conditions de vie dignes à tous les enfants et à leurs parents.
Les deux responsables adressent également leur message aux candidats à la prochaine élection présidentielle. « Aucun projet pour la France ne peut ignorer la réalité des enfants vivant dans la rue », écrivent-ils. « La lutte contre le sans-abrisme est avant tout une question de volonté politique. Nous pouvons et devons agir. »
Alors que la nouvelle année scolaire commence, des milliers d’enfants retourneront en classe depuis une voiture, un hébergement d’urgence ou la rue elle-même — une réalité qui, selon l’UNICEF et la FAS, devrait être une priorité nationale, et non une considération secondaire.
