Le nombre de personnes dormant à la rue à Paris a fortement augmenté, selon le dernier décompte annuel de la « Nuit de la Solidarité ». L’enquête, menée dans la nuit du 22 au 23 janvier, a recensé 3 847 personnes sans-abri dans la capitale française, soit une hausse de 10% par rapport à l’année précédente. La situation en banlieue parisienne est encore plus aiguë, affichant une augmentation dramatique de 32%.
**Une Nuit pour Compter et Comprendre**
Plus de 4 200 bénévoles et professionnels, dont 2 000 à Paris, ont arpenté les rues, parcs, gares et campements pour ce recensement coordonné. Organisée avec le soutien méthodologique de l’Atelier parisien d’urbanisme (Apur), cette initiative vise à quantifier une population souvent invisible et à mieux éclairer les politiques publiques. L’objectif va au-delà d’un simple dénombrement pour comprendre où et dans quelles conditions les personnes dorment, et si elles sont isolées ou en groupe.
**Explosion des Grands Campements**
L’augmentation à Paris est en grande partie portée par une prolifération de grands campements. Près d’une personne sur cinq (721) a été rencontrée dans un groupe de plus de 20 personnes, un bond significatif par rapport aux 174 de l’année précédente. Seize campements de cette ampleur ont été identifiés, soit plus du double du nombre de 2025.
Les équipes ont compté des individus dans des lieux divers :
* 400 sur les talus du périphérique et dans les parcs
* 233 dans les bois de Boulogne et de Vincennes
* 210 dans les stations de transport public (RATP)
* 171 dans les gares ferroviaires (SNCF)
* D’autres dans des parkings, des hôpitaux publics et des adresses de logement social
**L’Effort Municipal Face aux Coupures de l’État**
Le décompte n’inclut pas les personnes hébergées dans les centres d’urgence gérés par l’État. Les responsables notent une réduction préoccupante des places financées par l’État. Au 31 décembre 2025, il existait 44 000 places d’hébergement d’urgence régulées pour le public parisien, soit près de 1 800 de moins qu’en 2023.
La municipalité parisienne affirme avoir créé 1 000 places d’hébergement supplémentaires depuis 2023 en reconvertissant des bâtiments municipaux, qui logent désormais 1 800 personnes. Deux nouveaux centres ont ouvert cet hiver dans les 5e et 15e arrondissements.
« Nous compensons les fermetures de l’État. Sans stratégie commune, nous ne faisons que poser un pansement sur une plaie ouverte ! », a déclaré un adjoint au maire chargé de l’hébergement d’urgence. L’élu a également souligné que 419 personnes étaient mortes dans les rues de Paris en 2024, insistant : « La loi prévoit l’hébergement d’urgence inconditionnel. L’État doit respecter la loi ! »
**Hausse Prononcée en Petite Couronne**
Dans les 33 communes de banlieue participantes, l’augmentation a été encore plus marquée, avec 248 personnes de plus comptées que l’année précédente. Deux villes de Seine-Saint-Denis dépassent désormais le seuil symbolique de 100 personnes recensées : Saint-Denis (395) et Saint-Ouen-sur-Seine (133).
Au total dans la banlieue, 60% des personnes ont été rencontrées dans la rue, et 40% dans des zones spécifiques comme des campements le long de l’autoroute A86, des hôpitaux, le quartier d’affaires de La Défense ou des parkings souterrains.
**Une Lueur d’Espoir dans l’Engagement Citoyen**
Face à l’ampleur de la crise, les responsables pointent un engagement civique robuste comme un signe positif. « 2 000 bénévoles se sont présentés », a noté l’adjoint au maire, qui s’est aussi dit encouragé par des propositions citoyennes, comme celle d’un collectif suggérant de consacrer 1% du budget de la ville à la lutte contre le sans-abrisme.
Les chiffres bruts confirment une tendance inquiétante et soulignent l’ampleur du défi social auquel fait face la région parisienne.
