Un adolescent de 15 ans comparaît cette semaine devant le tribunal pour enfants de Paris pour le meurtre d’un chauffeur VTC à Marseille en octobre 2024. Cette affaire constitue une première judiciaire glaçante en France, mettant en lumière la pratique du crime organisé qui recrute des mineurs comme tueurs à gages via les réseaux sociaux. Le procès, qui se déroule à huis clos en raison de l’âge du défendeur, doit s’achever par un verdict ce jeudi.
**Une course fatale et un contrat raté**
La victime, Nessim Ramdane, 36 ans et père de trois enfants, a été retrouvée morte par balle dans son véhicule, qui avait fini sa course dans le mur d’une école maternelle. L’enquête a révélé que l’adolescent, alors âgé de 14 ans, avait été recruté sur Snapchat par un membre du gang marseillais « DZ Mafia ». Sa mission était d’assassiner un trafiquant de drogue rival, en représailles au meurtre brutal d’un autre garçon de 15 ans.
Selon des sources judiciaires, le mineur a été conduit de Nîmes à Marseille, où on lui a remis une arme et un téléphone. Il a ensuite commandé une course via l’application Bolt pour rejoindre sa cible. Cependant, durant le trajet, une altercation a éclaté avec le chauffeur. L’adolescent aurait alors tiré sur M. Ramdane à l’arrière de la tête, tuant un homme innocent, étranger au conflit entre gangs.
**Dénoncé par son commanditaire**
L’intrigue a pris un nouveau tournant lorsque le membre du gang ayant commandé le contrat, mécontent que la mauvaise personne ait été tuée, a informé la police. Cela a conduit à l’arrestation rapide du jeune tueur à gages. Le mineur, dont l’identité ne peut être divulguée selon la loi française, était déjà connu des services de police pour cinq autres affaires moins graves en cours. Le procureur de Marseille, Nicolas Bessone, a décrit un parcours chaotique, précisant que le garçon était placé en famille d’accueil depuis l’âge de neuf ans, ses deux parents étant incarcérés pour des faits liés au trafic de drogue.
**Le deuil infini d’une famille**
« J’attends l’audience avec la boule au ventre », a déclaré Mélanie Giacomi, la veuve de la victime, dans un entretien. « J’ai besoin de voir ce mineur qui a pris la vie de Nessim, non par haine, mais pour lui dire le préjudice irréparable qu’il a causé à mes enfants. » Elle a ajouté que sa famille avait besoin qu’il comprenne que son acte avait « plongé toute une famille dans l’horreur ».
Nessim Ramdane, figure locale du football et décrit comme un « super papa », cumulait les emplois pour subvenir aux besoins de sa famille. Ses obsèques avaient rassemblé près de 500 personnes.
**Procédure judiciaire et peine encourue**
Le procès a été délocalisé à Paris, où le nouveau Parquet national de lutte contre la criminalité organisée (Pnaco), opérationnel depuis janvier, dirige les poursuites. Il s’agit de son premier procès. En raison de son âge au moment des faits, le prévenu encourt une peine maximale de 20 ans de réclusion, l' »excuse de minorité » ne pouvant être écartée pour les auteurs d’infractions âgés de moins de 16 ans.
Cette affaire a provoqué un choc dans toute la France, exposant une tendance inquiétante : l’exploitation de mineurs vulnérables par des réseaux criminels pour commettre des actes violents, facilitée par la facilité du recrutement en ligne.
