Le président chinois Xi Jinping a publiquement condamné le blocus américain dans le détroit d’Hormuz, le qualifiant de « comportement dangereux et irresponsable ». Cela marque un tournant significatif alors que la Chine sort de l’ombre pour s’exprimer directement sur le conflit en cours en Iran, après avoir évité jusqu’ici des commentaires publics fortement accusateurs.
**Un appel à l’ordre et au cessez-le-feu**
Dans une déclaration mardi 14 avril, le président Xi a appelé à un cessez-le-feu « complet et durable », avertissant que « nous ne pouvons pas laisser le monde retourner à la loi de la jungle ». Militairement moins visible, Pékin utilise son influence économique et diplomatique substantielle pour se positionner comme un médiateur indispensable. La Chine, qui bénéficie de la confiance de l’Iran et maintient une relation équilibrée avec les États-Unis, est créditée d’avoir poussé Téhéran à la table des négociations.
**Les enjeux économiques cruciaux de la Chine en Iran**
Le rôle central de Pékin dans cette crise s’enracine dans des liens économiques profonds avec Téhéran. La Chine est un partenaire commercial primordial pour l’Iran, particulièrement dans le secteur énergétique. D’ici 2025, la Chine devait recevoir plus de 80% des exportations pétrolières iraniennes. À l’inverse, le pétrole iranien constitue environ 13% des importations pétrolières maritimes de la Chine, selon les données de Kpler. Cette dépendance signifie que toute instabilité en Iran menace directement la sécurité énergétique de la Chine, l’incitant à pousser pour un retour rapide au calme.
Les experts notent le pragmatisme stratégique de la Chine. « La Chine est un pays stratégique et opportuniste qui tente de faire avancer sa position », a déclaré Philippe Le Corre, professeur à l’ESSEC et chercheur à l’Asia Society Policy Institute. Maintenir le commerce nécessite un Iran stable et un partenaire de négociation familier : le régime islamique actuel. Si Pékin préfère l’entité connue à Téhéran, des analystes comme John Calabrese du Middle East Institute suggèrent que la Chine est assez pragmatique pour s’adapter aux changements politiques, comme elle l’a fait par le passé.
**Équilibre entre ambitions globales et diplomatie**
Malgré ses intérêts significatifs en Iran et au Moyen-Orient au sens large, la Chine doit adopter une posture mesurée. Des critiques trop dures envers les États-Unis pourraient compromettre le sommet sino-américain anticipé, où les présidents Trump et Xi doivent se rencontrer les 14 et 15 mai pour « revitaliser les relations » et prolonger une trêve commerciale.
Au-delà des impératifs commerciaux, le rôle de médiateur de la Chine sert des ambitions plus larges visant à s’établir comme un interlocuteur mondial clé. « C’est une opportunité que la Chine ne manquera pas pour démontrer son leadership et son initiative diplomatique », a déclaré Sun Yun, directrice du China Program au Stimson Center. Cette position permet à Pékin de se présenter comme un champion de la stabilité internationale et d’une paix fondée sur des principes, par contraste avec ce qu’elle décrit comme un interventionnisme américain imprudent.
« Leur récit est : si Washington est imprudent, agressif et indifférent aux conséquences pour les autres, la Chine est un champion d’une paix responsable et fondée sur des principes », a déclaré Danny Russell, un ancien diplomate américain. Philippe Le Corre ajoute que l’intérêt de la Chine est de « contester ce qu’elle considère comme l’hégémonie américaine ». Ce positionnement diplomatique gagne du terrain, le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez, lors d’une visite en Chine, ayant appelé à une plus grande implication chinoise dans l’ordre mondial et la résolution des conflits.
